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Elections en Bolivie... Suivre ce sujet | Envoyer ce sujet | Imprimer ce sujet
Barikad Ecrit le : samedi 17 décembre 2005 à 23:49 Quote Post


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M. Garcia Linera, théoricien radical du candidat des indigènes

LE MONDE | 17.12.05 | 14h22  •  Mis à jour le 17.12.05 | 14h22
LA PAZ ENVOYÉ SPÉCIAL

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On ne pouvait pas imaginer un attelage aussi dissemblable. Le favori à l'élection présidentielle en Bolivie, Evo Morales, corpulent et sanguin, possède les traits typés d'un Indien aymara, quand son candidat à la vice-présidence, Alvaro Garcia Linera, est un Blanc au teint pâle, à l'allure de séminariste, que les cheveux blanchis prématurément ne font qu'accentuer. Si les urnes confirment, dimanche 18 décembre, l'élection annoncée par les sondages du premier président indigène de la Bolivie, ce sera aussi grâce à cet universitaire éloquent.

Mathématicien et sociologue âgé de 43 ans, M. Garcia Linera a fait ses études en prison, quand il était détenu pour sa participation à une guérilla tardive et éphémère : l'Armée Tupac Katari, du nom d'un Aymara qui s'était soulevé contre les colonisateurs espagnols. Ensuite, il est devenu le théoricien du réveil identitaire indigène comme moteur des mouvements sociaux. Il parvient à concilier ce rôle d'idéologue des secteurs les plus radicalisés, tentés par la voie insurrectionnelle, et la fonction de commentateur des programmes télévisés, toujours prêt à défendre les vertus du dialogue et de la démocratie.

Sa candidature a été une surprise. Dans un appartement rempli de livres, à Sopocachi, le Quartier latin de La Paz, il s'en explique : "Je ne pouvais pas refuser d'accompagner notre premier président indigène, confie-t-il. La Bolivie est depuis plusieurs années en butte à une épreuve de force, ce que j'appelle un match nul catastrophique. Si nous allons vers une confrontation, autant avoir l'appareil d'Etat de notre côté."

"EVITER L'AFFRONTEMENT"


Lors des meetings de la campagne électorale, il a revêtu les habits traditionnels des Aymaras ou des Quechuas pour mieux galvaniser les foules, en majorité des démunis. En même temps, il a multiplié les rencontres pour, dit-il, "éviter l'affrontement, tisser des liens, tendre des ponts, à la recherche du consensus, notamment auprès des chefs d'entreprise de Santa Cruz, la métropole économique du pays".

Région riche en hydrocarbures, l'est de la Bolivie aura l'autonomie qu'elle revendique, leur a-t-il promis, ainsi que la sécurité juridique réclamée par les propriétaires fonciers, soumis à la pression des paysans sans terre.

La main tendue à la bourgeoisie se double d'une menace à peine voilée contre ses anciens camarades. "Nous avons isolé les leaders radicaux et signé des accords avec les mouvements sociaux, mais le cas échéant, l'autorité de l'Etat devra prévaloir", avertit Alvaro Garcia Linera.

Avec la puissante Fédération des associations de voisins d'El Alto (Fejuve), la ville rebelle perchée au-dessus de La Paz, l'accord s'est borné à intégrer deux candidats sur les listes pour les législatives. A El Alto, sa caravane a croisé une manifestation d'organisations locales qui apostrophaient les candidats de la gauche et de la droite, "la même porcherie".

L'ENJEU DES HYDROCARBURES

En tête des promesses électorales, la nationalisation des hydrocarbures cristallise les impatiences, d'autant que chacun l'interprète à sa guise. "Nous allons maintenir la loi de 2005 sur les hydrocarbures (plus restrictive pour les investisseurs étrangers dans ce secteur) et y apporter des améliorations, affirme M. Garcia Linera. Les compagnies pétrolières étrangères devront accepter de nouveaux contrats et la souveraineté bolivienne sur les puits."

Selon les milieux spécialisés de La Paz, un dossier serait déjà prêt pour transformer en bouc émissaire la multinationale Chaco (British Petroleum et Shell), accusée de contrebande. Le candidat refuse de confirmer, mais ne peut s'empêcher de sourire. "Je ne me suis jamais autant amusé", avoue-t-il.

Face au manque notoire de cadres pour remplir les postes-clés et à l'absence de majorité parlementaire, il envisage d'autres alliances, "à l'exclusion de la droite néolibérale et des partis traditionnels".

Ce qui ouvre un boulevard aux centristes regroupés autour du candidat présidentiel Samuel Doria Medina, un chef d'entreprise qui propose de concentrer l'investissement social à El Alto. "Le moment est favorable pour (les partis de) centre-gauche", justifie Alvaro Garcia Linera, au risque de désespérer ses propres bases.

Paulo A. Paranagua

Article paru dans l'édition du 18.12.05


NB: C'est moi qui souligne


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Barikad Ecrit le : samedi 17 décembre 2005 à 23:54 Quote Post


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Quelques repères, tirés du site Le Monde.fr:

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Menaces d'implosion

Pays parmi les plus pauvres d'Amérique du Sud, la Bolivie souffre de plusieurs conflits. Des troubles ont éclaté en octobre 2003, lorsqu'un soulèvement populaire, réprimé au prix de plus de cinquante morts, a précipité la démission du président Gonzalo Sanchez de Lozada, élu en 2002. Détonateur de cette crise, la "guerre du gaz" a éclaté autour du projet d'exportation d'hydrocarbures vers les Etats-Unis via le Chili, "ennemi héréditaire" depuis la guerre du Pacifique (1879-1883), qui priva la Bolivie de son débouché sur la mer.

Le vice-président Carlos Mesa, qui a succédé au démissionnaire, a remporté, en juillet 2004, un référendum sur la réorganisation du secteur des hydrocarbures et les députés ont adopté une loi sur la nationalisation des gisements et la révision des contrats signés depuis les privatisations de 1997, avec des sociétés étrangères. Ces développements ont exacerbé les revendications autonomistes des provinces de Santa Cruz et de Tarija, qui recèlent les hydrocarbures. Elles accentuent les divergences entre ces deux riches provinces, frontalières du Brésil et de l'Argentine, et les populations aymaras et quechas des régions montagneuses souvent déshéritées. Le président Mesa a démissionné à son tour sous la pression de la rue, lundi 6 juin 2005, après qu'une grande marche a réuni dans la journée à La Paz plus de 80 000 manifestants réclamant la nationalisation du secteur du gaz ainsi que son départ. Eduardo Rodriguez est désigné me 9 juin nouveau président de la Bolivie. Il fixe les élections présidentielles anticipées le 18 décembre.

Préparé par Gaïdz Minassian et Martine Jacot, actualisé en décembre 2005.


Ce message a été modifié par Barikad le samedi 17 décembre 2005 à 23:55


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Barikad Ecrit le : samedi 17 décembre 2005 à 23:59 Quote Post


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Encore un article du monde:

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Evo Morales, indien "anti-impérialiste", est le favori de l'élection présidentielle en Bolivie
LE MONDE | 16.12.05 | 14h55  •  Mis à jour le 16.12.05 | 14h55
LA PAZ ENVOYÉ SPÉCIAL

Evo Morales, Indien aymara et candidat du Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), a le vent en poupe à la veille du scrutin présidentiel en Bolivie. Dimanche 18 décembre, il affronte, dans les urnes, l'ancien président Jorge "Tuto" Quiroga (droite). La polarisation croissante de la société bolivienne a réduit les chances du candidat centriste, Samuel Doria Medina. Les partis traditionnels sont absents du scrutin, à l'exception du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR, centre droit), qui a longtemps gouverné la Bolivie, et qui présente aujourd'hui un fils d'immigrés japonais, Michiaki Nagatani.

"Nous aurons 50 % des voix plus une", a sans cesse répété M. Morales au cours de la campagne. Il a néanmoins accusé les partisans de M. Quiroga de préparer une fraude électorale. A défaut de majorité absolue, la décision reviendrait, à la mi-janvier, au Congrès (Assemblée nationale), qui devrait choisir entre les deux candidats arrivés en tête.

Les 3,6 millions d'électeurs boliviens doivent également élire 130 députés, 27 sénateurs et, pour la première fois, les préfets des neuf départements. Le MAS ne devrait pas avoir de majorité parlementaire. Mais si un Morales arrivé en tête dimanche devait se voir refuser l'investiture présidentielle par le Congrès en janvier, le risque serait grand que le pays bascule dans des troubles. Les deux précédents présidents de la République, Gonzalo Sanchez de Lozada (MNR) et son successeur Carlos Mesa (centriste), ont en effet été contraints de quitter le pouvoir sous la pression de la rue — respectivement en octobre 2003 et en juin 2005.

Une fracture sociale, ethnique et régionale pèse sur le scrutin de dimanche. Deux tiers des Boliviens vivent en effet dans la pauvreté, et 60 % d'entre eux sont d'origine indigène (plus de trente ethnies). L'Altiplano andin (à l'ouest du pays) s'oppose à la nouvelle métropole économique, Santa Cruz (à l'est), qui réclame son autonomie.

"LE PONCHO ET LA CRAVATE"


Si M. Morales incarne les espoirs des premiers — pauvres, Indiens... —, M. Quiroga exprime les craintes de l'est du pays et des classes moyennes. Les candidats se sont efforcés de dépasser leur zone d'influence traditionnelle. Ainsi, M. Quiroga a-t-il adopté la couleur rouge et l'étoile comme symbole, tout en insistant sur l'aide sociale à apporter aux démunis, et M. Doria Medina s'est adressé aux téléspectateurs en langue aymara. M. Morales, lui, a choisi comme candidat à la vice-présidence un universitaire, Alvaro Garcia Linera, commentateur politique apprécié à la télévision. "La Bolivie sera grande lorsque le poncho et la cravate marcheront ensemble", a plaidé M. Garcia Linera.

La gauche a axé sa campagne sur deux thèmes : la nationalisation des hydrocarbures, principale richesse du pays, et la convocation d'une Assemblée constituante "pour refonder la Bolivie". "Nous ne voulons pas vaincre pour une période de cinq ans, mais pour cinquante ans au moins, pour changer notre histoire, le modèle économique néolibéral et cet Etat colonial", a déclaré M. Morales. "Nous allons combattre l'impérialisme américain, a-t-il ajouté. Nous allons nationaliser toutes nos ressources naturelles." M. Morales a refusé le débat télévisé avec son rival de droite, sous prétexte que M. Quiroga est "un menteur". Le candidat du MAS a également décliné l'invitation aux forums organisés par les chefs d'entreprise et par les journalistes. Il a fait une exception pour les militaires, après s'être assuré qu'il serait seul à la tribune. Le principal dirigeant paysan du MAS, le sénateur Roman Loayza, avait provoqué un scandale, en novembre, en déclarant que M. Morales serait président quoi qu'il arrive, et que le mouvement était en pourparlers avec des militaires et des policiers.
Paulo A. Paranagua
Article paru dans l'édition du 17.12.05


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Barikad Ecrit le : mercredi 21 décembre 2005 à 21:59 Quote Post


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Et voilà, les elections sont passés, et les promesses n'engagent que ceux qui y croient:

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Bolivie: Morales propose aux USA un pacte de lutte contre la drogue

La Paz, 21/12 - Le vainqueur de l`élection présidentielle bolivienne, le socialiste Evo Morales, a proposé mardi aux Etats-Unis la conclusion d`un pacte de lutte contre la drogue, et a répété qu`il n`avait pas l`intention d`exproprier les compagnies pétrolières étrangères.

Evo Morales, le dirigeant indigène socialiste et chef des planteurs de coca, a obtenu la majorité absolue à l`élection présidentielle de Bolivie, a annoncé mardi le Tribunal national électoral après le dépouillement de 60% des suffrages.

Cette annonce confirme les projections effectuées après le vote de dimanche par les instituts de sondages, selon lesquels M. Morales a été élu au premier tour.

Sur 2.220.684 suffrages, Evo Morales en a remporté 52%, suivi par l`ex-président bolivien (droite) Jorge Quiroga (30,4%) et le centriste Samuel Doria Medina (8,4%), selon les chiffres du tribunal électoral.

Lors d`une conférence de presse à La Paz, M. Morales, indien quechua-aymara et leader du Mouvement vers le socialisme (MAS), a annoncé qu`il comptait mener une lutte déterminée contre le trafic de drogue.

Mais ce dirigeant des cocaleros, les planteurs de coca boliviens, a aussi indiqué qu`il allait proposer la dépénalisation internationale de la culture de la coca, matière première de la cocaïne également utilisée par les indiens comme plante rituelle et médicinale.

M. Morales a déclaré que la ligne de son futur gouvernement serait "zéro cocaïne, zéro trafic de drogue".

"Mais il ne peut y avoir, sous prétexte de lutte contre la drogue, zéro coca ou zéro cocaleros, il faut changer ces politiques", a-t-il averti.



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Barikad Ecrit le : mercredi 21 décembre 2005 à 23:06 Quote Post


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Les multinationales restent prudentes après la victoire d'Evo Morales en Bolivie
LEMONDE.FR | 19.12.05 | 20h10  •  Mis à jour le 19.12.05 | 20h38

Les multinationales engagées dans l'exploitation du gaz et du pétrole boliviens se sont montrées prudentes mais disposées au dialogue, lundi 19 décembre, au lendemain de la victoire du leader socialiste indigène Evo Morales lors de la présidentielle en Bolivie.

Le futur président a semblé vouloir rassurer les compagnies étrangères lundi en déclarant que son gouvernement "n'expropriera pas ni ne confisquera" les concessions des groupes opérant en Bolivie, pays dont la principale richesse est le gaz avec la deuxième réserve d'Amérique du Sud (1 375 milliards de m3). "Le gouvernement du MAS (Mouvement pour le socialisme) va se comporter à l'égard du droit de propriété comme n'importe quel Etat a l'obligation de se comporter à l'égard du droit de propriété. Cela ne signifie pas confisquer ou exproprier les biens des compagnies internationales", a déclaré M. Morales.

Son discours sur ce dossier sensible inquiète les multinationales parce qu'il est assez flou : pendant la campagne, il a promis une "nationalisation" du gaz alors que, selon les experts, il s'agit surtout de reprendre possession des terres où se trouvent les gisements. Le système actuel basé sur des concessions serait maintenu, moyennant une révision radicale des contrats pour que la part revenant à l'Etat soit beaucoup plus élevée qu'actuellement. Cependant, les spécialistes en hydrocarbures du MAS souhaitent trouver un "terrain d'entente" avec les pétroliers tout en renforçant le contrôle sur les compagnies, et obtenir une révision des contrats à la hausse.

LES COMPAGNIES GAZIÈRES DANS L'ATTENTE

La principale compagnie présente en Bolivie, le groupe brésilien Petrobras, qui contrôle 14 % des réserves boliviennes, a fait un commentaire prudent sur la victoire de M. Morales. "Nous sommes en attente, nous ne spéculons pas", a déclaré Nestor Cervero, directeur des questions internationales. Il a rappelé que la compagnie avait conclu en 2003 une phase de gros investissements pour un total de 1,5 milliard de dollars. "Les projets en vigueur se poursuivent, nous n'allons rien modifier. Nous attendons le nouveau gouvernement", a-t-il dit.

Lors d'une visite le 18 novembre au Brésil, M. Morales avait annoncé que s'il gagnait, son gouvernement reprendrait le contrôle des raffineries pétrolières actuellement aux mains de Petrobras et réviserait les contrats de concession.

La firme française Total, qui participe à hauteur de 15 % à l'exploitation depuis 1995 de deux gisements de gaz opérés par Petrobras, a adopté une ligne similaire à celle de son partenaire brésilien. "Faire un commentaire aujourd'hui serait de la spéculation. Nous suivons de très près les évolutions politiques de la Bolivie", a indiqué un porte-parole du groupe. Le gaz bolivien pour Total représente 18 000 barils par jour sur une production totale d'environ 2,6 millions.

Un autre acteur important en Bolivie, le groupe britannique British Gas, a lui aussi refusé de donner son avis sur M. Morales. "Nous ne spéculons pas sur les rumeurs et intentions. Nous produisons en Bolivie et y sommes engagés à long terme", a déclaré Neil Burrows, porte-parole pour l'Amérique du Sud.

Il a admis que certains points non résolus en matière d'hydrocarbures pouvaient "mettre en péril des investissements très importants qui pourraient être réalisés à l'avenir". Mais il a proposé de "travailler étroitement avec le nouveau gouvernement pour trouver une solution à l'amiable aux problèmes non résolus".

Le patron du groupe espagnol Repsol-YPF, Antoni Brufau, a félicité M. Morales, se disant convaincu que sa compagnie "continuera de travailler comme jusqu'à présent dans l'intérêt du pays et de Repsol-YPF". Cependant, à la Bourse de Madrid, l'action du groupe – qui contrôle 25,7 % des réserves de gaz de Bolivie – a fortement reculé, trahissant l'inquiétude des investisseurs et analystes.

Avec AFP


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Barikad Ecrit le : mercredi 21 décembre 2005 à 23:11 Quote Post


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Victoire d'Evo Morales, indien et syndicaliste, à l'élection présidentielle en Bolivie
LE MONDE | 19.12.05 | 13h46  •  Mis à jour le 19.12.05 | 13h46
LA PAZ ENVOYÉ SPÉCIAL

a victoire de la gauche bolivienne aux élections générales, dimanche 18 décembre, a dépassé tous les pronostics. Le candidat présidentiel du Mouvement pour le socialisme (MAS), Evo Morales, aurait obtenu 51 % des voix, selon les instituts de sondage, et distancé largement le candidat de la droite, l'ancien président Jorge Quiroga (31 %).

Evo Morales deviendrait ainsi le premier indigène élu à la présidence de la Bolivie. Son adversaire malheureux, Jorge Quiroga, n'a pas attendu les résultats officiels, prévus mardi, pour féliciter le vainqueur.

De même que les présidents d'Argentine et du Brésil, qui ont téléphoné à M. Morales dont le triomphe historique accentue le virage à gauche de l'Amérique du Sud. Visiblement ému, le futur chef de l'Etat a promis de gouverner selon le principe andin, "ne sois pas voleur, ne sois pas menteur, ne sois pas paresseux". L'ancien dirigeant syndical des cocaleros (producteurs de coca) a conclu son discours par un "vive la coca, non aux Yankees !", destiné à la politique antidrogue de l'administration américaine en Bolivie, troisième producteur mondial de cocaïne.

Le MAS aurait doublé sa représentation au Congrès et frôlerait la majorité parlementaire (65 députés sur 130 et 12 sénateurs sur 27). Il réalise une percée inattendue dans le département de Santa Cruz (Est), nouveau pôle de développement économique du pays, traditionnellement conservateur. Tandis que la droite obtient 45 députés et 13 sénateurs.

Les partisans du centriste Samuel Doria Medina disposent de 10 députés et de 1 sénateur. Seul parti traditionnel à ne pas avoir disparu de la scène politique, le Mouvement nationaliste révolutionnaire (centre droit) compte 8 députés et 1 sénateur. Le futur président peut ainsi espérer pouvoir négocier la convocation d'une Assemblée constituante, une de ses principales promesses électorales, outre la nationalisation des ressources naturelles.

La seule ombre au tableau de la gauche ce week-end est son échec aux premières élections au suffrage universel des préfets des neuf départements. Comme aux municipales de 2004, le MAS perd notamment son fief de Cochabamba, où Evo Morales (46 ans) a fait ses premières armes comme syndicaliste des cocaleros.

UN "CAUDILLO INTUITIF"

"Lorsque j'ai connu Evo, il était l'entraîneur de football du syndicat des cocaleros", se souvient Filemon Escobar, ancien dirigeant du syndicat des mineurs, émigré à Cochabamba après la fermeture des principales mines et mentor d'Evo Morales à l'époque. "Je lui ai transmis les expériences du mouvement ouvrier. La gauche avait commis l'erreur d'opposer le paysan et l'ouvrier, alors qu'ils sont tous les deux d'origine indigène", affirme-t-il.

Les leçons de l'ancien mineur de fond portent leurs fruits. En 1996, Evo Morales dirige les six "fédérations du tropique de Cochabamba". Piètre orateur, il est élu député en 1997. En 2002, il arrive en deuxième position à la présidentielle avec 20 % des voix.

L'éditeur José Antonio Quiroga, neveu de Marcelo Quiroga Santa Cruz, figure de la gauche assassiné par les militaires, a connu le leader cocalero il y a une quinzaine d'années. "Evo (Morales) lit très peu et écrit moins encore, mais il est très futé. Il apprend vite et il est intuitif. Mais il reste un caudillo syndical très jaloux de son pouvoir, qui n'aime pas qu'on lui fasse de l'ombre." D'anciens membres de son entourage le décrivent ainsi comme incapable de travailler en équipe et de tisser des alliances durables.

Il faudra pourtant préserver la cohésion du MAS qui, admet M. Morales, "n'est pas un parti politique" mais un "instrument" électoral au service des syndicalistes. Son "étiquette socialiste n'a aucune signification", souligne José Antonio Quiroga. Pour ajouter à la confusion, une troisième structure est apparue récemment, composée de jeunes universitaires ou cadres, promus conseillers du candidat présidentiel du MAS. L'élection à la vice-présidence de la République d'Alvaro Garcia Linera consacre la prééminence de ce nouveau cercle, impatient d'accéder au sommet de l'Etat.

Paulo A. Paranagua
Article paru dans l'édition du 20.12.05



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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 16:06 Quote Post


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Interview d'Alvaro Garcia Linera, candidat du MAS à la vice-présidence paru dans le dernier Inprecor.


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Propos recuillis par Pablo Stefanoni*

Sociologue, analyste politique très présent dans les médias, ex-dirigeant de l'Armée Guérillera Tupac Katari (EGTK), aux côtés de Felipe Quispe aux débuts des années 1990, Alvaro Garcia Linera est aujourd'hui candidat du MAS (Mouvement vers le Socialisme) à la vice-présidence de la République, aux côtés d'Evo Morales, candidat à la présidence. Aux yeux de certains, il constitue " l'atout " du MAS pour attirer les " classes moyennes urbaines ", grâce à son profil d'intellectuel. Pour d'autres, il s'agit d'un " ex-terroriste "; pour d'autres encore, c'est la personne qui peut modérer Evo Morales. Il a accepté de donner une interview pour Inprecor.

Quelles difficultés se sont présentées lors des négociations avec les autres composantes de la gauche?
Alvaro Garcia Linera : Du point de vue programmatique, il y a un consensus, allant des plus modérés aux plus radicaux, sur les revendications à mettre en avant. Rapidement, il a été possible de se mettre d'accord sur une plate-forme commune de réformes : nationalisation des hydrocarbures, Assemblée constituante et nouveau modèle économique. Là où ont surgi les difficultés, c'est au moment de discuter des listes de candidats. Cependant, il y a quelques principes qui me paraissent essentiels. D'abord le respect à la représentativité territoriale des organisations, qui est une manière somme toute originale de construire un réseau social de mobilisation électorale. Il y a une acceptation générale du principe consistant à laisser à chaque organisation une forme de souveraineté dans le choix des candidats, et cela nous a permis d'avancer rapidement. C'est une logique très différente de celle qui régissait les anciens fronts de gauche entre partis. Mais comme, sur certains territoires, se superposent plusieurs organisations, par exemple à El Alto, il est nécessaire d'arriver à un juste équilibre. Et c'est là où surgissent les difficultés.

La Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) voulait des candidatures bien placées pour s'allier au MAS?
Alvaro Garcia Linera : Toutes les organisations le veulent, la COB comme les autres.

Jaime Solares voulait-il mener l'alliance avec Evo Morales?
Alvaro Garcia Linera : Solares souhaitait que la COB soit au centre de l'initiative, qu'elle soit l'entité qui articulerait les autres mouvements, et je crois qu'à cette époque qui est la nôtre, aucun mouvement social ne peut s'attribuer de telles prérogatives, car il n'existe plus de mouvement national en Bolivie. Tous les mouvements sociaux, aujourd'hui, sont des mouvements régionaux et locaux. Il existe au sein de la COB une sorte de mélancolie, mais ce n'est pas la COB des années 1970 dont il s'agit.

Où situez-vous le MAS idéologiquement parlant?
Alvaro Garcia Linera : Je le situerais au centre-gauche, car le projet de transformation économiques et sociales que cette organisation souhaite mener à bien ne peut être qualifié ni de communiste ni de socialiste, ni même de communautaire [c'est aux communautés indigènes, en tant que cellules de production économique et sociale qu'il est fait référence ici - ndt].

Votre thèse est que le socialisme n'est pas viable aujourd'hui en Bolivie?
Alvaro Garcia Linera : Il y a deux raisons qui font que l'instauration d'un régime socialiste en Bolivie a peu de chances d'avoir lieu. D'un côté, il y a un prolétariat minoritaire numériquement et inexistant politiquement, et l'on ne construit pas le socialisme sans prolétariat. En second lieu, le potentiel communautaire agraire et urbain est très affaibli. Il y a une implosion des économies communautaires au sein des structures familiales, qui ont constitué le cadre à partir duquel ont surgi les soulèvements sociaux. En Bolivie, 70% des travailleurs dans les villes travaillent dans des structures économiques familiales, et on ne construit pas le socialisme à partir d'une économie familiale.

Dans ce cas, quelle sorte de système le MAS veut-il construire?
Alvaro Garcia Linera : Un type de capitalisme andin.

Qu'est ce que le capitalisme andin?
Alvaro Garcia Linera : Il s'agit de construire un Etat fort, qui puisse articuler de manière équilibrée les trois plates-formes " économico-productives " qui coexistent en Bolivie: la communautaire, la familiale et la " moderne-industrielle ". Il s'agit de transférer une partie de l'excédent des hydrocarbures nationalisés pour encourager la mise en place de formes d'auto-organisation, d'autogestion et de développement commercial proprement andines et amazoniennes. Jusqu'à présent, ces secteurs traditionnels n'ont pu se développer à cause d'un secteur " moderne-industriel " qui a accaparé les excédents. Notre idée est que ces secteurs traditionnels disposent d'un soutien économique, d'un accès à des matières premières et à des marchés, qui puissent ensuite générer du bien-être au sein de ces processus économiques artisanaux et familiaux. La Bolivie sera toujours capitaliste pour au moins 50 ou 100 ans.

Vous ne considérez pas que les mouvements de défense de l'eau à Cochabamba et à El Alto sont des formes d'expériences de type communautaire?
Alvaro Garcia Linera : Ce sont des expériences communautaires sociales et politiques, mais pas économiques. Elles expriment de manière dramatique les limites communautaires du mouvement social actuel, par exemple dans le domaine de la gestion des nouvelles entreprises. Mais dans tous les cas, ces expériences nous permettent de penser une révolution politique, au sens marxiste du terme, qui dans le cas bolivien correspond à la décolonisation de l'Etat.

Quelles différences existe-t-il entre l'actuel candidat du MAS et le dirigeant de l'EGTK?
Alvaro Garcia Linera : Il y a une ligne de continuité et une ligne de rupture. La continuité réside dans la conviction qui est la mienne que les peuples indigènes doivent gouverner la Bolivie et qu'il s'agit là de la seule manière de résorber la faille qui existe depuis 180 ans entre la société et l'Etat, et d'en finir avec le caractère colonial de la République, qui affecte tout autant les institutions que la vie privée des Boliviens. La différence, ce sont les moyens: il y a quinze ans, nous pensions que cela devait arriver par le biais d'un soulèvement armé des communautés. Aujourd'hui, nous pensons que c'est un objectif que l'on peut atteindre via un grand triomphe électoral. Les moyens changent, mais les objectifs restent les mêmes.

Quelles sont vos principales influences théoriques et idéologiques?
Alvaro Garcia Linera : Je mentionnerai cinq auteurs. Deux auteurs classiques ont contribué à ma formation. Il s'agit de Marx, mais le Marx du Capital, pas celui des manuels [NDT: les manuels de formation des partis communistes], et Max Weber, dont la lecture m'a amené à m'intéresser au rôle du symbolique dans les luttes politiques. Une autre influence décisive dans ma formation intellectuelle est, sans aucun doute, Pierre Bourdieu, duquel j'hérite ma façon d'analyser les champs, les rapports de forces dans les luttes. Et je citerai également deux auteurs boliviens classiques: Fausto Reinaga [penseur fondamental de l'indianisme - NDT] et René Zavaleta [nationaliste-révolutionnaire marxiste - NDT].


*Pablo Stefanoni est journaliste et chercheur en sciences sociales en Bolivie. Traduit de l'espagnol par Hervé Do Alto.


Ce message a été modifié par lol84_Oi! le lundi 26 décembre 2005 à 16:12
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Jacquemart Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 16:10 Quote Post


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Vérié Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 17:01 Quote Post


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QUOTE (lol84_Oi! @ lundi 26 décembre 2005 à 16:06)
Quelles sont vos principales influences théoriques et idéologiques?
Alvaro Garcia Linera : Je mentionnerai cinq auteurs. Deux auteurs classiques ont contribué à ma formation. Il s'agit de Marx, mais le Marx du Capital, pas celui des manuels [NDT: les manuels de formation des partis communistes], et Max Weber, dont la lecture m'a amené à m'intéresser au rôle du symbolique dans les luttes politiques. Une autre influence décisive dans ma formation intellectuelle est, sans aucun doute, Pierre Bourdieu, duquel j'hérite ma façon d'analyser les champs, les rapports de forces dans les luttes. Et je citerai également deux auteurs boliviens classiques: Fausto Reinaga [penseur fondamental de l'indianisme - NDT] et René Zavaleta [nationaliste-révolutionnaire marxiste - NDT].


*Pablo Stefanoni est journaliste et chercheur en sciences sociales en Bolivie. Traduit de l'espagnol par Hervé Do Alto.[/QUOTE]

Le moins qu'on puisse dire est qu'Imprecor choisit bizarrement ses interlocuteurs !
Je ne connais pas ce sociologue (?), mais j'ai eu l'occasion de rencontrer des gens du mouvement Tupac Katari en Bolivie (du nom du dirigeant d'une révolte contre les Espagnols en 1781-82.) Le langage que tenaient les militants (dont un dirigeant) de ce mouvement était effarant : ils voulaient tout simplement reconstituer l'empire de Tihuanacu, qui remonte aux... 10ème-13ème siècle avant la domination Inca. (Il y a d'ailleurs toujour une rivalité entre les nationalistes Boliviens et les Peruviens sur cette période de l'histoire asez mal connue...).

La vision des gens de Tupac Katari était donc totalement ethniciste : ils se revendiquaient meme davantage des Aymaras (ethnie majoritaire en Bolivie) que des Quechuas (minoritaires en Bolivie et majoritaires au Pérou, où ils constituèrent la base de l'empire inca.) Leur discours mélangeait cet ethnicisme forcené avec une sorte de socialisme à la sauce indigéniste à base de propriété collective des terres selon le système ancestral de Tihuanacu... Un des grands théoriciens-dirigeants de ce mouvement, le professeur Victor Hugo Cardenas a par ailleurs été récupéré par le fameux Salinas de Gortari (Goni), président détesté et chassé par l'avant-dernier mouvement populaire. VH Cardenas, vice-président censé représenter les Aymaras, avait adopté officiellement quelques symboles comme le drapeau traditionnel aymara. Ca ne coûte rien, mais ça n'a pas empêché la population de se dresser contre Goni.

Bref, ce mouvement indigéniste a connu une faillite complète et n'a remporté que 2 % des voix aux dernières élections en dépit de sa démagogie ethnique. Curieux donc de choisir un personnage issu de ce courant comme interlocuteur dans Imprécor !

En revanche, le POR, dirigé par Guillermo Lora, jouissait encore récemment d'une certaine influence chez les étudiants et les enseignants. Chez les mineurs, il ne lui restait plus grand monde en raison de la fermeture des mines et des licenciements de la majorité des mineurs. J'ignore quel est aujourd'hui l'état du POR, mais il aurait tout de meme fourni un interlocuteur plus intéressant que le mouvement Tupac Katari !
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pelon Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 17:39 Quote Post


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Vérié Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 17:45 Quote Post


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QUOTE (pelon @ lundi 26 décembre 2005 à 17:39)
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Il y a une demi douzaine de façon - au moins - d'orthographier le mot, vu qu'il provient d'une langue qui ne s'écrivait pas... ( Mais je n'ai aucune prétention à l'érudition.)
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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 17:55 Quote Post


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Il y un dossier complet sur la Bolivie dans le dernier Inprecor comprenant 3 articles et 3 interview où les principaux acteurs du mouvement social actuel ont pu donner leurs avis. La position de la IV a ce sujet est exposé dans les articles. Les interview sont fait pour éclairés sur les acteurs actuels de la transformation sociale bolivienne. Il y a eu cette interview du nouveau vice-président bolivien, une interview du candidat du MIP Felipe Quispe et une interview de Jaime Solares dirigeant de la centrale syndicale ouvrière bolivienne et qui est trotskiste.

Voici d'ailleurs l'interview de Jaime Solares:


QUOTE
Confronté en permanence à de graves accusations concernant son passé, le polémique secrétaire exécutif de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), Jaime Solares, a, quoi qu'on puisse en dire, le mérite d'avoir remis la Centrale syndicale sur le devant de la scène sociale, et ce depuis la première " guerre du gaz " d'Octobre 2003. A l'occasion de ces élections, il a longtemps été pressenti comme candidat à la vice-présidence pour le Mouvement Indigène Pachakuti (MIP) de Felipe Quispe, avant de renoncer à quelques jours de la clôture des listes.

Felipe Quispe vous a invité sur sa liste en tant que candidat à la vice-présidence, ce que vous avez finalement refusé. Pourquoi?
Jaime Solares : Ce que voulait Felipe, c'était récupérer le sigle de la COB. Il ne voulait pas que je vienne en mon nom propre. C'était une sorte de condition à ma participation. Or, la COB ne peut agir comme un parti politique, c'est un instrument au service des travailleurs et nous ne pouvions pas l'engager en tant que telle. C'est la raison pour laquelle j'ai refusé.

Alvaro Garcia a révélé que des négociations avaient eu lieu entre la COB et le Mouvement vers le socialisme (MAS) en vue d'une éventuelle alliance. Pour votre part, vous êtes resté discret sur le sujet...
Jaime Solares : Il  faut comprendre que, depuis dix ans, Evo Morales comme Felipe Quispe ne se soucient plus du fait que la classe ouvrière soit l'avant-garde du prolétariat. Eux, ils voudraient diriger la COB, mais ils ne peuvent pas parce que cela s'appelle Centrale Ouvrière Bolivienne. Mais ils ne sont que les chefs des campagnes et ne peuvent donc pas prétendre la diriger. La COB a été créée comme un organisme du prolétariat dont l'objectif est de défendre les intérêts des travailleurs et du pays. Evo, Felipe, et même Alvaro Garcia maintenant, disent : " La COB n'est plus qu'un petit mouvement avec une grande histoire ". En ce qui me concerne, je crois qu'ils se trompent lourdement car la classe ouvrière demeure une force sociale d'importance dans le pays, même si nous sommes moins nombreux que par le passé. Nous ne sommes donc avec aucun parti politique et nous ne soutenons personne. Nous ne voulons pas porter la responsabilité d'avoir soutenu un gouvernement qui pourrait attaquer les travailleurs demain, même si c'est un gouvernement du MAS.

Comment analysez-vous justement la possibilité qu'un gouvernement indigène arrive au pouvoir?
Jaime Solares : Si Evo arrive au pouvoir, il aura des difficultés face à une droite coriace, car ce n'est pas un révolutionnaire mais un réformiste. S'il était révolutionnaire, nous serions à ses côtés. Mais sa perspective n'est pas un gouvernement ouvrier-paysan oeuvrant pour la révolution. Nous voulons donc conserver une posture d'observateurs par rapport à un gouvernement indigène pour voir comment il évoluerait. Il est évident que si Evo ne nationalise pas le gaz, il tombera comme Gonzalo Sanchez de Lozada (1). En revanche, nous n'entraverons pas l'action d'un gouvernement qui satisferait les revendications populaires, même en en restant à l'écart.

Est-ce la rupture du Pacte d'unité révolutionnaire de mars 2005 qui est à l'origine de cette situation?
Jaime Solares : En mars, on s'est engagés auprès du peuple à procéder à une nationalisation des hydrocarbures, sans indemnisation des compagnies pétrolières. Quand le MAS manifeste en mai, ce n'est pas sur cette consigne mais pour une modification de la loi sur les hydrocarbures qui ne remettait pas en cause les contrats illégaux liant l'Etat aux compagnies pétrolières (2). Par la suite, il a été le premier à défendre l'idée que la seule sortie de crise au mois de juin, c'étaient les élections, alors que le vrai enjeu, c'était le gaz! C'était une trahison car il n'a pas respecté le pacte. Il ne voulait pas de cette nationalisation. La preuve en est qu'au cours de sa campagne, il a déjà expliqué qu'il n'expulserait aucune compagnie pétrolière. Or, ce sur quoi nous nous étions mis d'accord, c'était un programme d'orientation révolutionnaire. Et lui, en bon réformiste qu'il est, propose finalement de cohabiter avec le capital privé étranger.

Aujourd'hui de nombreux syndicats appartenant à la COB se sont alliés en tant que tels au MAS pour ces élections. Quel en est l'impact au niveau syndical?
Jaime Solares : Chacun sait ce qu'il fait. Au sein de la COB, nous avons une ligne et nous la maintiendrons. S'il y a des syndicalistes qui veulent soutenir tel ou tel parti, c'est leur problème, pas le nôtre. La COB, elle, ne peut s'allier au MAS.

Quelles sont les relations des deux CSUTCB avec la COB aujourd'hui?
Jaime Solares : Pour nous, le dirigeant de la CSUTCB, c'est Felipe Quispe. Evo n'a rien à voir avec nous. Quispe est en relation organisque avec la COB. Roman Loayza n'a jamais rien fait sur ce plan. Il s'est toujours plus consacré à la vie de son parti qu'à ses tâches syndicales.

On parle depuis quelques temps de la mise en place d'un instrument politique propre à la COB...
Jaime Solares : Cet instrument existe depuis quelques mois déjà, suite à une décision prise lors d'une assemblée générale de la COB. Il constitue le bras politique de la COB pour prendre le pouvoir et a pour nom provisoire " l'instrument politique des travailleurs ". Notre travail politique consistera à consolider cet instrument autour d'un programme révolutionnaire basé sur la nationalisation des hydrocarbures sans indemnisation, et la mise en place d'une Assemblée constituante révolutionnaire et indigène, où la représentation se ferait par organisations, et non par circonscriptions, qui serait une démarche conforme au modèle parlementaire bourgeois. Il s'agira également de renforcer l'assemblée populaire indigène (3) issue de la crise de mai-juin, en tant que forme d'auto-organisation populaire permettant de jeter les bases d'une révolution ouvrière-paysanne de caractère socialiste.

Une meilleure articulation des mouvements ouvrier et paysan ne passerait-elle pas justement  par une représentation plus réaliste des paysans au sein de la COB?
Jaime Solares : Oui, ça, c'est l'argument du MAS pour prendre le pouvoir au sein de la COB ! Car les statuts actuels indiquent que l'avant-garde du prolétariat, ce sont les mineurs, et cela, nous devons le maintenir, car notre organisation est une centrale ouvrière. La Confédération Syndicale Unique des Travailleurs Paysans de Bolivie (CSUTCB), que je sache, ne mentionne pas les ouvriers! Ils sont les propriétaires de leur confédération et nos alliés.

Quels sont les enjeux du Sommet Ouvrier et Populaire de janvier et du Congrès de la COB courant février?
Jaime Solares : Le Sommet aura, entre autres, pour fonctions de préparer le Congrès de la COB. L'enjeu de ce congrès sera de faire face à la division qui affecte de nombreux secteurs : les paysans, les mineurs, les travailleurs du pétrole, la centrale départementale de Cochabamba, où Oscar Olivera (4) a été écarté du comité exécutif. Il s'agira aussi de discuter de l'attitude de certains syndicats qui collaborent avec le patronat, comme par exemple au sein de la centrale départementale de Santa Cruz (5). Face à cette grave crise, notre boussole, c'est l'orientation de lutte de classes de notre centrale. La COB ne se vend plus aux gouvernements succesifs comme par le passé. La COB est pauvre, mais elle est digne.

Certains médias vous ont accusé d'avoir appelé à un coup d'Etat militaire lors de la crise de mai-juin. Pouvez-vous donner des éclaircissements sur ce qu'a été votre position?
Jaime Solares : 98% des médias, ici, appartiennent à des groupes privés, qui ont déformé mes propos autant qu'ils le pouvaient. Je n'ai jamais appelé les militaires à un coup d'Etat. J'ai simplement dit que si un militaire patriote et engagé auprès du peuple, comme Chavez au Vénézuela, prenait le pouvoir en Bolivie, je serais le premier à le soutenir, pour en finir avec l'injustice sociale et la misère. Tout cela n'est qu'une campagne de calomnies à mon encontre, qu'Evo Morales a eu malheureusement tendance à reprendre à son compte.

Pour certains, il y avait une sorte de cohérence entre une telle prise de position et les soupçons qui pèsent sur votre soi-disant passé de paramilitaire travaillant pour le compte du régime du général Luis Garcia Meza (6)...
Jaime Solares : Cette campagne de diffamation menée à mon encontre sert les intérêts de l'impérialisme et de tous ses laquais en Bolivie. Luis Garcia Meza, qui est aujourd'hui emprisonné à Chonchocorro, dit qu'il se rappelle de moi. Mais visiblement, sa mémoire est sélective car quand on lui demande où il a enterré les victimes de son régime, il dit ne pas s'en rappeler, pas même dans le cas de Marcelo Quiroga Santa Cruz (7). Plusieurs sources affirment que l'on aurait versé 10 000 dollars à Garcia Meza pour qu'il formule ces accusations à mon encontre. Lorsqu'il a dit cela pour la première fois, la direction de la prison et la presse ont mis au point un véritable show médiatique. C'est une authentique manipulation dont le seul but est de me mettre hors-circuit. Tous mes proches ont rit en apprenant la nouvelle. Quant à mes camarades de la COB, jusqu'à présent, ils me soutiennent malgré les calomnies, car je défends une ligne juste pour les travailleurs.


1. Gonzalo Sanchez de Losada, dit " Gonio ", fut le président la République forcé à démissionner lors de la première " guerre du gaz " d'octobre 2003.
2. cf. Inprecor n°507/508 de juillet-août 2005.
3. A El Alto, à l'appel de la COB, de la COR et de la FEJUVE, une telle Assemblée populaire a vu le jour début juin 2005, puis son appel a été relayé par la Coordination à Cochabamba, qui a mis en place une structure similaire. Cependant ces embryons de pouvoir populaire sont restés dans une large mesure incantatoires et limités à une coordination des leaders des principaux mouvements sociaux. cf. Inprecor n°507/508
4. Oscar Olivera est l'un des leaders de la " guerre de l'eau " de 2000.
5. Le secrétaire exécutif de la COD de Santa Cruz, Gabriel Helding, est candidat sur les listes de la coalition de droite PODEMOS à Santa Cruz.
6. Depuis l'élection de Jaime Solares à la tête de la COB, lors de son XIIIème Congrès en août 2003, celui-ci est régulièrement attaqué par la presse et ses opposants. Selon plusieurs journalistes, Solares aurait été paramilitaire pour le compte de la police politique des régimes militaires, la DOP (Département de l'Ordre Politique), à la fin des années 1970, et ce durant 6 ans, alors qu'il travaillait dans la police minière (chargée d'empêcher le vol de matières premières et d'outils) dans la mine de Huanuni. Jusqu'à présent, Solares a toujours nié ces accusations.
7. Marcelo Quiroga Santa Cruz, chef du Parti socialiste et leader historique de la gauche bolivienne, dont les circonstances de l'assassinat restent à ce jour non élucidées.


Ce message a été modifié par lol84_Oi! le lundi 26 décembre 2005 à 17:57
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Vérié Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 18:08 Quote Post


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QUOTE (lol84_Oi! @ lundi 26 décembre 2005 à 17:55)
Voici d'ailleurs l'interview de Jaime Solares:


A l'occasion de ces élections, il a longtemps été pressenti comme candidat à la vice-présidence pour le Mouvement Indigène Pachakuti (MIP) de Felipe Quispe, avant de renoncer à quelques jours de la clôture des listes.

Felipe Quispe vous a invité sur sa liste en tant que candidat à la vice-présidence, ce que vous avez finalement refusé. Pourquoi?
Jaime Solares : Ce que voulait Felipe, c'était récupérer le sigle de la COB. Il ne voulait pas que je vienne en mon nom propre. C'était une sorte de condition à ma participation. Or, la COB ne peut agir comme un parti politique, c'est un instrument au service des travailleurs et nous ne pouvions pas l'engager en tant que telle. C'est la raison pour laquelle j'ai refusé.

.[/QUOTE]

Jaime Solares aurait donc accepté de figurer à titre individuel sur une liste indigéniste (?!) Curieux tout de même pour quelqu'un qui se revendique du trotskisme...

__
Lapsus : j'ai écrit Salinas de Gortari à la place de Sanchez De Lozada (le fameux et affreux Goni, propriétaire de mines d'argent et ex-président bolivien qui s'est enfui en hélico chez ses patrons américains. Gortari, c'est un ancien président du... Mexique.
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Puig Antich Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 18:16 Quote Post


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« Ca reste une guerre du même type que la guerre d'Algérie. La guerre d'Algérie est une guerre qui a été gagné sur le terreain, qui n'a pas été gagné politiquement. On applique les mêmes méthodes, et les fondamentaux ».
-- Colonel Jean-Pierre Perrin, chef de corps du régiment de Carcassonne envoyé en Afghanistan
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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 18:35 Quote Post


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QUOTE (Vérié @ lundi 26 décembre 2005 à 17:08)
[Jaime Solares aurait donc accepté de figurer à titre individuel sur une liste indigéniste (?!) Curieux tout de même pour quelqu'un qui se revendique du trotskisme...

Le MIP était la liste la plus radicale qui se présentait lors de ces élections. Alors que le MAS défend son "capitalisme andin", le MIP défend lui son anticapitalisme et une perspective révolutionnaire. Lors du "pacte d'unité révolutionnaire", ils se sont retrouvés aux côtés de la COB pour dénoncer la trahison du MAS. Par ailleurs, le MIP se présentait "contre tout les autres candidats" y compris le MAS et a déclaré qu'elle ne s'associerait pas avec les élus du MAS s'ils avaient des élus à l'assemblée.
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pelon Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 18:40 Quote Post


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QUOTE (Vérié @ lundi 26 décembre 2005 à 16:45)
QUOTE (pelon @ lundi 26 décembre 2005 à 17:39)
Tihuanaco ! (se méfier des érudits. Private joke  biggrin.gif . )

Il y a une demi douzaine de façon - au moins - d'orthographier le mot, vu qu'il provient d'une langue qui ne s'écrivait pas... ( Mais je n'ai aucune prétention à l'érudition.)

Non, c'est moi qui jouais à l'érudit. smile.gif Je l'ai toujours entendu prononcer comme cela.
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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 19:04 Quote Post


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Ah et j'ai oublié de préciser que le MIP est l'instrument politique issu du CSUTCB le principal syndicat paysan en Bolivie.
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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 22:50 Quote Post


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Pour faire plaisir à Vérié qui demandait des nouvelles du POR, je viens d'en trouver dans le dernier article d'Inprecor que je n'avais pas encore lu.

Le POR-Combate (Parti Ouvrier Révolutionnaire - Combat), section historique de la IVè Internationale en Bolivie, a joué un rôle important lors de la révolution de 1952. Le POR a connu les nombreuses scissions du mouvement trotskiste international. Sous la direction de Hugo Gonzalez Moscoso, le POR-Combate était resté section bolivienne de la IVè Internationale. Au cours des années 1980, dans la clandestinité, il avait pris part à une recomposition de la gauche révolutionnaire bolivienne, qui a donné naissance au POR-Unifié, section bolivienne de la IVè Internationale. L'organisation recomposée n' pas réussi à survivre et le XIIè Congrès Mondial de la IVè Internationale, en 1995, n'a pu que constater la disparition de sa section. L'actuel POR-Combate a été reconstitué par un groupe de militants fidèles à la IVè Internationale lors de l'effondrement du POR-U. Ses militants sont principalement actifs au sein de la COB et favorables à l'unité de la gauche.
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lol84_Oi! Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 22:53 Quote Post


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Bon pour essayer de lancer le débat sur "que faire" plutot que sur les virgules mal placés d'un article je vais donner ma position.
J'ai trouvé cette interview de Solares tout à fait passionnante. Et celle de Linera tout à fait éclairante sur ses véritables intentions.
Désormais je pense qu'il faut une alliance du MIP(issu du CSUTCB) et de l'organisation politique issu du COB, axé sur un programme de transition pour construire le POR. C'est ce vers quoi les militants marxiste-révolutionnaires en Bolivie doivent tendre.
Sinon c'est marrant de constater la différence entre le communiqué de la Ligue et l'article de LO sur l'élection du MAS. Ca refléte toute la différence de politique entre les deux organisations. La première apporte son soutien critique à la moindre victoire (et s'enthousiasme un peu trop: voir la couverture du dernier Rouge) l'autre condamne tout par avance sans juger au final. Bon et ben moi je me situe entre les deux. A bas Morales mais vive sa victoire! Et maintenant, c'est aux révolutionnaires bolivien de construire le POR en toute indépendance des dirigeants nationalistes et capitalistes petit-bourgeois au pouvoir.
La seule solution pour que des réformistes tel qu'Evo Morales et d'Alvaro Garcia Linera puisse lutter pour les intérêts historiques de la classe ouvrière à savoir la lutte contre la propriété privé des moyens de productions et donc contre le capitalisme pourrait être une mobilisation de masse avec la création de double-pouvoir à travers les assemblées populaires. Hors si un tel scénario devait se produire, les bourgeois au pouvoir qui lutte pour le "capitalisme andin" et non pour le socialisme ne pourrait être qu'un frein. La seule solution est donc de construire un POR issu des assemblées populaires exigeant un gouvernement ouvrier et paysan. Ce mot d'ordre ne pourrait être lancé que contre Evo Morales et non pas avec. L'interview de Linera indique clairement de quelle classe ils représentent les intérêts.
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pelon Ecrit le : lundi 26 décembre 2005 à 23:14 Quote Post


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QUOTE (lol84_Oi! @ lundi 26 décembre 2005 à 21:53)

Sinon c'est marrant de constater la différence entre le communiqué de la Ligue et l'article de LO sur l'élection du MAS.

Tu penses à un article de la fraction ?
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